2. La campagne belge de 2012 par la plate-forme prévention SIDA
Le 1er décembre est la journée internationale de lutte contre le Sida. A cette occasion , la plate-forme prévention sida a mis en place une campagne de lutte contre les discriminations envers les personnes séroposotives en Belgique destinée au grand public. Cette enquête est basée sur les résultats d'une enquête menée en 2012, qui ne laisse planer aucun doute sur le fait que les discriminations contre les personnes séropositives persistent.
8 associations de prévention , 6 centres hospitaliers, 4 centres de référence sida, 2 centres de recherche universitaire;et 340 personnes vivant avec le VIH ont accepté de répondre au questionnaire de l'enquête. La Plate-Forme Prévention Sida est une association belge travaillant, en Région Wallonne et en Région Bruxelloise, sur la prévention du VIH-Sida et des autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST).
Rappelons qu'en Belgique , il existe une loi anti discrimination.
La loi du 10 mai 2007, dite loi anti-discrimination, interdit la discrimination fondée sur l'âge, l'orientation sexuelle, l'état civil, la naissance, la fortune, la conviction religieuse ou philosophique, la conviction politique, la conviction syndicale, la langue, l'état de santé actuel ou futur, un handicap, une caractéristique physique ou génétique ou l'origine sociale.Les personnes séropositives, si elles estiment être discriminées, peuvent invoquer avant tout le critère de l’état de santé actuel ou futur, mais aussi, vu le caractère chronique de cet état de santé,celui du handicap, ce qui leur permet de revendiquer le bénéfice des aménagements raisonnables, notamment sur le lieu de travail. La loi a une portée très large, puisqu’elle vise tous les domaines de la vie publique:l’accès aux biens et aux services (le logement, l’horeca, les assurances, les commerces, ...), l’emploi, dans le secteurpublic comme dans le privé, la sécurité sociale et les soins de santé, ou la participation à toute activité qu’elle soit économique, sociale, culturelle ou politique pour autant que celle-ci soit ouverte au public.
Cette campagne est ainsi présentée sous forme de 4 affiches, mettant en évidence différentes situations discriminatoires auxquelles sont confrontées les personnes séropositives.
La discrimination au travail à travers Sébastien

Sebastien se sent mieux. C'est ce que le lecteur lit en premier sur cette affiche, car c'est elle qui est écrite en plus gros. Le lecteur se demande donc "Pourquoi ?". A première vue , l'affiche donne donc une impression positive.
Vient ensuite la phrase "Grâce aux traitements actuels, il a pu reprendre son travail." Le public se demande "traitements de quoi ?", donc conclut que c'est à cause d'une maladie ou même d'un membre cassé (arrêt de travail) qu'il ne pouvait pas travailler alors que quand on lit enfin la phrase "Pourtant .. dans le passé , son patron refusait de le laisser travailler en cuisine." ainsi que le logo du sida , le ruban rouge , on comprend que c'est à cause des discriminations liées à sa séropositivité qu'il ne pouvait en réalité pas travailler.
De plus , on remarque que la dernière phrase est écrite sur un fond différent des deux premières. En effet , elle se trouve sous la couche de papier sur laquelle sont écrites les deux premières phrases. Cette "sous-couche" symboliserait donc la face cachée de cette situation, le signe que tout n'a pas toujours été facile pour lui.
Cette phrase indique donc que , maintenant que les séronégatifs ont conscience que les traitements contre le sida se perfectionnent peu à peu ,ils acceptent de plus en plus de travailler avec des séropositifs.
Un spot vidéo a été également réalisé à l'image de cette affiche par la plate-forme prévention Sida.
La discrimination de la part des proches à travers Marie

Cette affiche nous présente une mère séropositive , Marie , heureuse de son récent accouchement , alors que "son entourage l'avait dissuadée d'avoir un enfant à cause de sa séropositivité., bien que le message central , comme la majorité des campagnes , soit bien plus dur : l'exclusion et les discriminations envers les personnes séropositives sont toujours là.
La phrase "Tout s'est très bien passé" a comme une fonction de calmant envers le lecteur , il le rassure.
Les émotions que ressent le lecteur en lisant cette affiche sont tout d'abord :
-de la curiosité avec l'accroche : "Marie vient d'acccoucher."
- du calme avec "Tout s'est très bien passé", et enfin
- de la compassion vis à vis de Marie quand il sait ce qu'elle a enduré avant de tenir dans ses bras son enfant.
Le préjugé que la campagne veut éradiquer à travers cette affiche est celui qui consiste à croire que les femmes séropositives ne peuvent pas avoir d'enfants elles-mêmes, donc la peur d'un bébé séropositif.
Mais Toutes les nouvelles sur le front du sida ne sont pas mauvaises. Ainsi, en Belgique, la transmission du VIH de la mère à l'enfant a quasiment disparu grâce à un traitement : la PTME ( prévenir la transmission mère enfant). Malheureusement, cette campagne nous montre que la connaissance à propos de cela resre insuffisante.
Le spot vidéo de l'affiche de Marie :
La discrimination dans la vie amoureuse à travers Malik

24,5 % des séropositifs déclarent avoir connu une rupture de relation à cause de leur séropositivité. Ce sont tous ces individus que cette affiche veut représenter. Ils sont représentés à travers l'image d'un couple gay en phase de se marier , endormi , dont un des deux , Malik , est séropositif et est déclaré "heureux".
Pourtant , comme les deux campagnes précédentes , la couche de papier qui se décolle cache la face cachée , la mauvaise face , de la situation. En effet , Malik fait donc partie des 24,5% de séropositifs qui ont malheureusement subi une rupture à cause de leur séropositivité.
Rupture , qui, encore une fois et comme toutes les autres formes de discrimination envers les personnes séropositives, est dû à l'ignorance, ignorance qui se transforme en peur. Il n'y a pourtant aucune raison de craindre d'attraper le VIH. Bien que celui-ci puisse se transmettre par voie sexuelle , il ne peut pas se transmettre lors d'un rapport protégé. Un des moyens de transmission du VIH sont Les rapports sexuels non protégés avec pénétration vaginale, anale ou buccale.
Le spot vidéo de Malik :
La discrimination dans le domaine de la santé à travers Valérie

C'est à un tout autre domaine dans lequel intervient la discrimination que s'intéresse la 4eme et dernière affiche de cette campagne: le domaine de la santé. Une femme séropositive se nommant Valérie est allongée sur un lit d'hôpital , après une opération comme nous indique la phrase : "L'opération s'est bien passée". Jusque là encore tout va bien quand on lit cette phrase et quand on voit le sourire de Valérie , mais là encore , à l'image des trois affiches précédentes ,le lecteur apprend quelque chose de moins joyeux : Valérie a dû lutter pour avoir cette opération car "plusieurs services médicaux avaient refusé d'intervenir à cause de sa séropositivité."
C'est effrayant de constater comme nous l'avons fait dans la partie 1, que les discriminations peuvent aller jusqu'à mettre en péril la santé d'un individu. Le fait qu'un médecin refuse de soigner une personne à cause de la crainte d'attraper le sida prouve une une connaissance malheureusement pas assez étendue sur le sujet , ce qui est dommage pour quelqu'un appartenant au corps médical ,et un manque de professionnalisme car il ne fait pas son métier.
Cette campagne vise donc à entraîner le lecteur à faire preuve de compassion envers les personnes séropositives , donc de ne pas les discriminer car elle parle du quotidien : vie professionnelle , affective et médicale. Tout individu peut donc s'identifier à chacune des affiches et ainsi comprendre le mal-être des personnes discriminées. La campagne d'AIDES avec les célébrités utilisaient des visages connus de tous pour attirer l'attention , celle-ci utilise des situations connues de tous.
Après la campagne ....
La campagne s'est ponctuée par l'organisation d'une journée d'étude le 26 novembre 2013 sur les discriminations envers les personnes séropositives dans le secteur du travail et le monde médical.
L'enquête de 2012 dont nous avons parlé au dessus a indiqué que dans le domaine de la santé et du milieu médical,une large majorité des répondants est satisfaite du soutien apporté par le médecin pour la gestion du VIH, mais 13,1 % des répondants ont déjà connu des refus desoins du fait de leur séropositivité et 21,4 % déclarent avoir ressenti de la gêne de la part du personnel médical du fait de leur séropositivité.Le fait de pouvoir parler de sa séropositivité est important.Or, pour 5,3 % des répondants, hormis leur médecin, personne ne connaît leur statut sérologique. Pour les autres, au moins une personne est informée. 90% des répondants vivant en couple ont informé leur partenaire de leur séropositivité.
Quant aux discriminations dans le milieu professionnel ,la majorité des répondants (58%) n’a pas révélé sa séropositivité dans le milieu . Pour 7%, la révélation a entraîné des difficultés, allant d’un emploi, stage ou formation refusé à cause du VIH au blocage de la carrière, voire au licenciement. 30% ont dû modifier, interrompre ou arrêter leur carrière ou formation à cause de leur état de santé.
Au vu de cette enquête, la Plate Forme prévention Sida a décidé de donner la priorité à la lutte contre les discriminations dans le milieu du travail et le secteur médical. Elle s’attache désormais à lever les discriminations dans ces deux secteurs, en développant des projets en collaboration avec le monde du travail,le secteur médical et les personnes vivant avec le VIH.
Tout d'abord ,deux ministres belges ont tenu à manifester leur soutien au combat de la Plate-Forme Prévention Sida et de ses partenaires contre les discriminations à l’égard des personnes séropositives:
Monsieur Rachid Madrane , Ministre à la Commission communautaire française, chargé de la Formation professionnelle, de la Culture, du Transport scolaire, de l’Action Sociale, de la Famille, du Sport et des Relations internationales.

Rachid Madrane.
Celui-ci est représenté par Madame Cécile de Blauwe, puis Madame Eliane Tillieux,Ministre de la Santé, de l’Egalité des Chances et de l’Action Sociale:

Eliane Tillieux ci-dessus, qui est elle-même représentée par Sandrine Debunne.
Cécile De Blauwe insista sur la nécessité de renforcer encore l’information relative à la prévention et sur l’importance d’une meilleure connaissance des lois anti-discrimination. Elle souligna également l’impact social en corrélation avec le VIH et rappela sa volonté de soutenir les actions et les associations engagées dans la prévention et la lutte contre les discriminations. A cet égard, le Plan national VIH présenté quelques semaines auparavant représente un jalon capital et Monsieur Rachid Madrane se réjouit de ce que ce Plan fût le fruit d’une large concertation.
En effet , en octobre 2013, un plan national VIH a été mis en place en Belgique. Il comprend 58 actions visant à enrayer la progression de ce virus qui, chaque jour, contamine trois personnes en Belgique.En matière de prévention, le plan prévoit de continuer à promouvoir l’usage du préservatif. Ils doivent être accessibles facilement et gratuitement. L’accent sera également mis sur la lutte contre les discriminations dont font l’objet les personnes vivant avec le virus du sida et les groupes plus exposés à l’épidémie.
En Belgique , le dépistage reste tardif dans 42% des cas. Un constat alarmant quand on sait qu’une personne qui ignore son statut représente non seulement un danger pour elle-même mais aussi pour les autres. C’est pourquoi une stratégie nationale de dépistage est mise en place. Elle intègre le dépistage en infrastructures spécialisées, à l’hôpital, dans le cadre de programmes décentralisés, chez le médecin généraliste mais aussi à domicile.Le plan prévoit aussi le développement d’une procédure pour la prise en charge de la personne vivant avec le virus du sida. Quelle que soit sa situation financière, administrative ou juridique, la personne pourra bénéficier du dépistage et ensuite du traitement.
Sandrine Debunne prit ensuite la parole au nom de Madame Eliane Tillieux et rappela toute une série de critères protégés par le décret wallon sur la discrimination. Elle évoqua également ,entre autres mesures prises par les divers ministres compétents,la formation aux problématiques de la discrimination, organisée pour le personnel des équipes décentralisées, à savoir celles des onze Espaces Wallonie. Ces Espaces sont des guichets d’information à destination de la population, devenus aussi des points de contact décentralisés du Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme et de l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes. Ces deux organismes sont chargés de la mise en œuvre des dispositions du décret sur la discrimination et ont notamment contribué à créer le site www.stop-discrimination.be.
Ce site centré sur la lutte contre les discriminations en général propose la définition de celle-ci , et plusieurs campagnes contre la discrimination , bien que ce ne soit pas spécialement contre la discrimination envers les personnes séropositves, comme celle-ci :

"La discrimination s'arrête ici": en mars 2014, la Commission communautaire française (Cocof) a lancé, en collaboration avec le Centre interfédéral pour l'égalité des chances et l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes, une nouvelle campagne contre la discrimination en vue de sensibiliser ses agent-e-s et collaborateurs-trices.
La campagne vise à informer les agent-e-s de la Cocof des principaux critères de discrimination et des droits et devoirs de chacun en la matière (« Où commence et où s'arrête la discrimination ? »).
Celle-ci visait elle aussi à sensibiliser les agents des services publics à la problématique de la discrimination, à laquelle ils peuvent être confrontés dans l'exercice de leur fonction, en tant qu'auteur, témoin ou victime.
La campagne vise également à informer indirectement les citoyens et les usagers de ces services publics de leurs droits en matière de non-discrimination.
Les discriminations à l’égard des PVVIH peuvent se cumuler avec d’autres discriminations. Deux orateurs évoquèrent cette situation chez les migrants et dans la communauté homosexuelle.
Maureen Louhenapessy, Coordinatrice SidAids Migrants Sireas, aborda d’abord le thème de la multi-discrimination dont sont victimes les migrants vivant avec le VIH. Outre le vécu de la séropositivité, difficile pour tous, les migrants sont souvent confrontés à un contexte qui les rend plus vulnérables encore : les éventuels problèmes de papier, la précarité sociale, les problèmes de travail, les difficultés d’accès aux structures d’aide, etc. Il s’agit donc d’agir sur ces différents aspects de la vulnérabilité. Le fait même d’être un migrant peut constituer une vulnérabilité dans la mesure où les personnes qui arrivent en Europe font l’objet d’une illégalisation quasi systématique. Cette stigmatisation est encore accrue dans le cas de personnes séropositives, comme en témoignent le concept négatif de migration thérapeutique, le dépistage imposé à certains à l’arrivée dans le pays et le refoulement de personnes séropositives sous le (faux) prétexte que les soins existent dans leur pays d’origine. Ne s’agit-il pas là, de la part de l’Etat, de non-assistance à personne en danger ? A cette discrimination sociopolitique s’ajoutent diverses discriminations et stigmatisations au sein de la société. Le racisme, la pression sociale au sein même de la communauté, la stigmatisation dans les médias, la situation des femmes, en sont quelques exemples...Parmi les conséquences de cette multi-discrimination, Maureen Louhenapessy pointa notamment l’utilisation irrégulière du préservatif (l’exiger vous rend suspect), le dépistage tardif (peur d’être rejeté), le traitement retardé (et donc un stade plus avancé de la maladie), l’arrêt du traitement (parce que la personne n’a plus de logement, vit en collectivité...) mais aussi l’expulsion, la rupture de la confidentialité dans le milieu médical, la violation des droits humains, la perte de l’estime de soi, l’isolement, la peur...
Cédric Fievet, Chargé de mission chez Ex Aequo, expliqua d’abord que le mot ‘homophobie’ exprimait plutôt un sentiment de rejet et de répulsion qu’une phobie, une peur.
Ce point précisé, l’orateur souligna le fait que cette homophobie entraînait des problèmes au niveau de la société, tels, par exemple, que le test VIH exigé par les assurances ou les banques.
Même si les mentalités ont évolué, la discrimination basée sur l’orientation sexuelle reste une réalité et ,dans certains environnements, les comportements homophobes peuvent non seulement constituer un frein supplémentaire au dépistage mais également accentuer l’auto-exclusion de personnes séropositives homosexuelles ou bisexuelles et les amener à taire leur séropositivité de crainte d’être doublement stigmatisées. Cedric Fievet évoqua à cet égard des situations vécues dans le milieu médical –en particulier chez les dentistes-et se traduisant par des propos maladroits, refus de soins, rendez-vous reportés, consultations bâclées, etc.
Ex Aequo va dès lors lancer une campagne à l’intention des médecins – avec, entre autres, l’édition d’un guide pratique pour les médecins -afin que les PVVIH puissent parler de tout avec leur médecin, de leur séropositivité comme de leur orientation sexuelle.
L’orateur évoqua aussi l’existence d’ une discrimination interne à la communauté gay ,qui se traduit de diverses façons (réaction violente du partenaire lors de la révélation, recherche d’un partenaire ayant le même statut VIH, ...) et crée des divisions au sein de cette communauté.
L’après-midi fut consacrée à deux tables rondes animées par Maureen Louhenapessy, coordinatrice chez SidAids Migrants Sireas, et Myriam Dieleman, Directrice de l’Observatoire du sida et des sexualités. La première table ronde relatait des expériences au sein d’entreprises et posait la question des initiatives à prendre. Celia Baverel, HR Administrator chez Levi Strauss &Co expliqua que l’entreprise, dont le siège mondial est basé à San Francisco, était sensibilisée depuis le début au problème du sida. Dans le cadre d’une approche globale, Levi Strauss & Co a élaboré un programme mondial à l’égard de ses 12000 employés, offre une aide à diverses associations actives dans la lutte contre le sida (notamment à travers la Levi Strauss Foundation), renforce les messages de prévention auprès de sa clientèle, promeut de bonnes pratiques au sein de l’industrie textile et propose aussi un site internet www.hivaids.levi.com .Le programme mondial comprend plusieurs aspects : un texte décrivant la politique de l’entreprise vis-à-vis du sida (faisant partie de son « code de conduite mondial») , un sondage annuel –et confidentiel–de tous ses employés pour évaluer leurs connaissances sur le VIH, des actions de formation en fonction des résultats de ce sondage, et, pour certains pays, des formations pour l’entourage des employés (famille, etc.) et la prise en charge des coûts de dépistage et de traitement. L’entreprise garantit aux employés séropositifs l’absence de toute discrimination y compris lors du recrutement. Celia Baverel présenta aussi le Jeu de l’Oie sur le thème du VIH qui fut le support de formation 2014 pour tous les magasins de la marque à travers le monde .Contact : Celia Baverel, HR Administrator -Levi Strauss &Co –cbaverel@levi.com.
Brigitte Bekaert, Director Corporate Media Communication , Philanthropy and Public Affairs (Administrateur de sociétés Médias Communication, Mécénat et affaires publiques) chez L’Oréal Belgilux ,a décrit le programme de mobilisation des coiffeurs lancé le 1er décembre 2010 en Belgique et qui sera reproduit chaque année. Initié en 2001 en Afrique du Sud , ce programme a, par la suite, fait l’objet d’un accord entre l’Oréal et l’Unesco et est aujourd’hui adopté dans 45 pays .Il est porté par la Fondation l’Oréal, l’Unesco, les marques de produit et les coiffeurs. De par leur relation privilégiée avec les clients ,les coiffeurs constituent en effet un réseau très intéressant pour sensibiliser le public en matière de prévention et de lutte contre la discrimination. Le 1er décembre 2012, 600 salons et 30 écoles de coiffure y ont participé dans notre pays. Pratiquement, quelque 3000 coiffeurs ont ainsi pris la parole pour parler du sida avec leurs clients en lançant la conversation à partir de l’offre d’un préservatif avec le traditionnel petit café !Rubans rouges, autocollants sur les miroirs, dépliants informatifs et pin’s sont aussi de mise chaque 1er décembre. Et à cela s’est ajouté un ’marathon de coiffure’ dont le bénéfice est reversé à une association de lutte contre le sida.
La journée s’est terminée par une table ronde dressant le bilan de la situation dans le secteur médical et lançant des pistes d’actions.
Jean -Christophe Goffard , Médecin Professeur associé au Centre de référence Sida de l’Hôpital Erasme a commencé par souligner que le sentiment de discrimination était sans doute plus fréquent que la réelle volonté de discrimination tout en reconnaissant que la formation des soignants en matière de VIH laissait à désirer y compris dans le chef de très bons médecins. De vieilles idées perdurent sur la contagion, qui engendrent la peur de traiter des personnes séropositives. Une peur d’autant moins justifiée que ce sont les personnes ignorant leur séropositivité et donc non traitées qui présentent potentiellement le plus de risques. De plus, la communication entre soignants et patients est souvent très mauvaise, notamment lors de l’annonce de la séropositivité, ce qui provoque aussi des malentendus et des sentiments de discrimination. Il est donc clair pour Jean-Christophe Goffart qu’il faut continuer à communiquer et informer sur la baisse des risques de transmission afin d’éviter à l’avenir les problèmes qui surviennent encore dans les unités de soins non familiarisées avec la problématique du VIH. Il faudrait notamment suivre les propositions du Plan national VIH relatives à la formation et l’information de tous les intervenants dans le secteur médical.
De l’information dans le secteur médical et plus particulièrement auprès des dentistes, c’est ce qu’a fait Sensoa, le centre d’expertise sur la santé sexuelle en communauté flamande. Ria Koeck ,Policy advisor HIV support and care chez Sensoa (conseiller politique de soutien et de soins pour le VIH) a relaté cette action. En 2007, Sensoa a pris connaissance de trois cas de PVVIH(personnes vivant avec le VIH) ayant dû contacter plus de cinq dentistes avant d’en trouver un qui accepte de les soigner. Sensoa a dès lors décidé d’agir et , après étude et enquête sur le sujet ,a constaté la présence de beaucoup d’incertitude et de peur chez les dentistes, du sentiment qu’il fallait prendre des précautions spéciales, d’un manque de connaissance du VIH, etc. Quant aux patients, ils craignaient le rejet et la non-confidentialité. Sensoa a alors proposé une collaboration à l’association des dentistes flamands (VTT) pour la mise en œuvre d’une action d’information des dentistes comprenant la réalisation de deux fiches d’information sur le VIH (une pour les dentistes et une pour les patients) distribuées à plusieurs milliers d’exemplaires via divers magazines , la présentation d’un exposé informatif sur le VIH au Congrès des dentistes et l’organisation d’une formation spéciale pour les dentistes, qui a reçu une très bonne évaluation. Ria Koeck le reconnait, il a fallu faire preuve de patience, de ténacité et de diplomatie...mais l’action a finalement pu être menée à bien. Difficile toutefois, à ce jour ,d’en évaluer déjà l’impact.